Nouvelle-Calédonie : (1 Des origines à l’Accord de Nouméa)

(En 4 épisodes pour comprendre la situation actuelle en Nouvelle-Calédonie et envisager les perspectives d’avenir)

La violence meurtrière en Nouvelle-Calédonie fait l’actualité et, pourtant, cet archipel tropical et son merveilleux lagon ont tout pour faire rêver. Un archipel français émergeant de l’immensité océanique dominée par les anglo-saxons d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Mais c’est loin, très loin de la métropole. De l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle à celui de la Tontouta, via le japon ou la Corée, il faut au moins 24 heures. Si loin que l’on ne s’y intéresse généralement pas, sauf quand ça va mal !

Avant la colonisation, avant que le grand explorateur des mers anglais James Cook n’y pose l’ancre de son vaisseau puis que l’amiral français Febvrier-Despointes n’en prenne possession au nom de la France en 1853, vivait dans l’archipel une population mélanésienne : les Kanak (sans ‘s’ au pluriel, ce n’est pas une faute d’orthographe). Le Préambule de l’Accord de Nouméa dont il sera beaucoup question plus loin rappelle que cette population, présente en Nouvelle-Calédonie depuis 4 000 ans, avait développé « une civilisation propre, avec ses traditions, ses langues, la coutume qui organisait le champ social et politique. Leur culture et leur imaginaire s’exprimaient dans diverses formes de création« . Au milieu du XIXème siècle le peuple premier comptait environ 50 000 personnes.

Le peuplement européen résulte tout d’abord de la politique pénitentiaire : les bagnards – droit commun et politiques – dont un premier convoi est arrivé dans l’archipel en 1864. Puis des colons libres sont venus pour y cultiver la terre ou extraire le nickel. A la fin du XIXème siècle, la population d’origine européenne comptait environ 20 000 personnes dont une moitié de forçats. La colonisation n’a pas progressé sans heurts. Les spoliations de terres ont suscité des révoltes. Comme dans d’autres colonies, les autochtones ont été soumis au code de l’indigénat, traduction juridique d’une relation de dominants à dominés, qui n’a été aboli qu’en 1946. Ce furent les « ombres de période coloniale » comme le dit sobrement le Préambule cité plus haut.

Dans les années d’après-guerre, les Kanak devenus citoyens de la République française ont participé à la vie politique, avec des hauts et des bas. Retenons que dans les années 1970, des vagues d’immigration en provenance, surtout mais pas que, de métropole et de Wallis et Futuna ont eu pour conséquence de rendre les Kanak minoritaires dans l’archipel. Cela alors même que les archipels voisins – la Papouasie-Nouvelle-Guinée en 1975, les Iles Salomon en 1978 et le Vanuatu en1980 – accédaient à l’indépendance. Il n’y a dès lors pas lieu de s’étonner qu’ait émergé un mouvement indépendantiste, le Front de libération nationale Kanak et socialiste (FNLKS) dont le chef de file fut Jean-Marie Tjibaou, auquel faisait face un mouvement loyaliste, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), dirigé par Jacques Lafleur.

Dans les années 1980, la situation politique s’est tendue puis a dégénéré. Un scrutin d’autodétermination a été organisé en 1987 dans un climat peu propice. Il a été boycotté par les indépendantistes qui en ont rejeté le résultat. Des affrontements violents entre les tenants des deux camps ont suivi et ont fait au total 73 morts ! La tragédie de la grotte d’Ouvéa ou a culminé ce cycle de quasi-guerre civile en 1988 a constitué un électrochoc. Le dialogue entre les forces opposées a été initiés sous l’égide du gouvernement de Michel Rocard. Il a heureusement abouti à l’apaisement consacré par les accords dits de Matignon-Oudinot, incarnés par la célèbre poignée de mains de Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur. La période qui a suivi a permis maintenir le dialogue et d’engager un processus de partage du pouvoir et de coopération entre les forces en présence. Au bout de dix ans, ces mêmes forces politiques, indépendantistes et non indépendantistes, ont souhaité affermir ce processus pendant une nouvelle période de 20 années plutôt que de recourir à un référendum pour trancher la question de l’indépendance au risque de relancer l’affrontement. Ce fut l’objet de l’Accord signé le 5 mai 1998 sous l’égide du gouvernement Jospin : l’Accord de Nouméa.

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