Dans un ouvrage récent – commenté sur ce blog (La démocratie libérale : un régime politique à bout de souffle 1) La démocratie a besoin des jeunes et vice-versa – A partir de la lecture de l’essai de Jean Massiet « Les jeunes, c’est l’avenir le présent » publié le 9 mai 2025, catégorie ‘Politique’) – l’auteur s’en prend à un monde politique épuisé qui ne sait plus écouter ni parler aux jeunes. Encore moins les motiver, d’où les faibles taux de participation de ces derniers aux élections. Au-delà du divorce entre les jeunes et ce monde ‘ancien’ par ses pratiques comme, souvent, par ses représentants devenus, au fil du temps, des professionnels de la politique principalement soucieux de leur carrière d’élu et des avantages réels ou symboliques qui y sont attachés, au-delà, c’est la démocratie libérale et son système représentatif qui apparaissent fragilisés. Non seulement ils n’attirent pas les jeunes mais ils perdent aussi le soutien de leurs aînés si l’on en croit enquêtes, études, reportages et expressions sur les réseaux sociaux. La piteuse situation politique en France en cette année 2025 en atteste: le système est grippé ; on fait avec mais on n’en attend pas grand-chose. Ailleurs, ce n’est pas mieux … ou pire ! On pourrait, à la limite, trouver plaisant le comportement farcesque de Trump, Néron sous kétamine pour reprendre la délicieuse expression de l’un de nos parlementaires, s’il ne dirigeait apparemment sans réel contrepoids le pays le plus puissant du monde. Dans l’Union Européenne elle-même, l’autocratisation à base populiste ne cesse de gagner du terrain, à l’Est comme, désormais, à l’Ouest…
Comment la démocratie libérale, que l’on a connue triomphante à la fin du siècle dernier après sa victoire par K.O. sur l’empire soviétique, à tel point qu’un Francis Fukuyama a pu connaître un succès planétaire en claironnant « La fin de l’histoire et le dernier homme », a-t-elle pu perdre son crédit au point d’être, aujourd’hui, sérieusement menacée ?
Le sujet a déjà été abordé sur ce blog sous la forme d’une note de lecture, publiée le 24 Juillet 2024, catégorie Politique, du livre « LE PEUPLE CONTRE LA DEMOCRATIE » par Yascha Mounk. Cet auteur y définit la démocratie libérale comme un « mélange unique de liberté individuelle et de souveraineté populaire ». Un système politique, celui encore en vigueur en France, à la fois ‘libéral’, en ce qu’il repose sur un ensemble d’institutions qui protègent l’Etat de droit en garantissant les libertés fondamentales, individuelles et publiques, et ‘démocratique’ en ce sens qu’il se veut traduire, par le suffrage universel, la volonté populaire en politiques publiques. Sa constitution en système politique dominant reposeraient sur trois piliers : 1) économique : l’élévation du niveau de vie, 2) social et 3) communication : le contrôle des media. Leur fragilisation menace, selon Mounk, la stabilité de l’ensemble.
Depuis quelques années, sans être réellement mauvaise, l’évolution de l’économie est ressentie comme insatisfaisante dans la plupart des démocraties libérales, en Europe comme en Amérique. La concurrence mondialisée a, certes, permis de continuer à consommer mais a peiné à contenir l’inflation. Ce qui est d’autant plus dommageable que le pouvoir de consommer – le pouvoir d’achat – est désormais ressenti comme un besoin vital et un critère de statut social. Le ressenti est d’autant plus négatif que les inégalités n’ont cessé de s’accroître. Sans doute, objectivement, le tableau n’est pas si noir mais Mounk nous rappelle que ce qui compte n’est pas tant la réalité que la représentation que l’on s’en fait.
S’agissant du 2ème pilier, la dimension sociale, la représentation n’est pas meilleure, dominée par des peurs, à tout le moins des perceptions négatives relatives à l’immigration, la culture nationale, l’identité nationale, etc. On note en outre une contestation des ‘élites’ et de l’idéologie, naguère si valorisée, de la méritocratie. Ce qui conduit à questionner le fonctionnement du système représentatif indissociable du régime de la démocratie libérale. J’ai déjà traité ce sujet dans deux articles placés sous le titre commun Méritocratie et Populisme (catégorie Politique) et intitulés respectivement : 1 De l’aspiration à l’égalité des chances à la « tyrannie du mérite » publié sur ce blog le 28 juin 2024 et 2 Méritocratie, réaction populiste et démocratie représentative, publié le 12 juillet 2024. J’y évoquais notamment la vision technocratique de la gouvernance politique, dominante depuis la fin du siècle dernier,inspirée par le culte du marché régulateur dont les mécanismes sont présentés comme les meilleurs instruments de réalisation du bien commun. Les débats moraux et idéologiques s’y trouvent disqualifiés et la définition de politiques publiques est impartie à l’expertise des technocrates. Si l’on ajoute à cela le ressenti dans les classes moyennes et populaires, de déclassement et de mépris des ‘élites’ à leur égard, on peut comprendre le détachement de nombre d’entre ceux qui y appartiennent à l’égard d’un système dont ils sont venus à penser qu’il ne fonctionne pas pour eux.Ne vaut-il pas mieux, alors, essayer autre chose ?
La conclusion que l’on peut tirer de ce qui précède est que les deux premiers piliers de la démocratie libérale identifiés par Mounk ne sont plus en mesure d’assurer sa stabilité. Quant au troisième, la communication, il affronte une révolution technologique et sociétale qui mérite que l’on s’y attarde un peu (à suivre…).
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