Inspiration
Montaigne
« InspirationMontaigne », ce nom peut surprendre ou conduire à se méprendre. L’intention n’est pas de réserver ce blog à la production d’articles étroitement consacrés à la vie et à l’œuvre de Montaigne. L’intention est autre : dans la conjonction à parité des deux mots, inspiration et Montaigne.
Reprenons : il ne s’agit pas de commenter l’œuvre de Montaigne. D’éminents auteurs l’ont fait à merveille, notamment Philippe Desan dans plusieurs ouvrages, Marcel Conche dans son savant « Montaigne et la Philosophie », Antoine Compagnon dans son savoureux « Un été avec Montaigne », André Compte Sponville dans son « Dictionnaire amoureux », attachant et complet, Jean Lacouture à cheval avec Montaigne, sans oublier la biographie si personnelle de Stefan Zweig.
Il ne s’agit pas davantage de coller à Montaigne. Ce serait ‘montaniennement’, s’il est permis d’utiliser cette formule, absurde, car, d’une part, le monde change continuellement, « toutes choses y branlent sans cesse » et, d’autre part « qui suit un autre, il ne suit rien ».
L’intention est de s’inspirer de Montaigne, de sa liberté et de son ouverture d’esprit, de sa lucidité, en bref de sa démarche de pensée, jadis, dans le monde qui était le sien, pour interroger, aujourd’hui, notre monde contemporain
S’inspirer tout d’abord de la démarche montanienne d’une réflexion vivante, en marche, toujours provisoire. Montaigne pense à l’essai sans prétendre à l’exhaustivité ni à la certitude. D’ailleurs, ce sceptique qui affectionnait l’interrogation « Que sais-je ? » ne prétend à aucune certitude. Mais il cherche.
S’inspirer des Essais vus comme des quêtes au cours desquelles Montaigne butine pour nourrir sa propre recherche : «Les abeilles pillotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après leur miel », de l’intranquillité de cette philosophie en action, de ce « philosophe imprémédité et fortuit » qui peut se contredire parfois parce qu’il a évolué (« mes conceptions et mon jugement ne marchent qu’à tâtons »), qui valorise aussi l’expérience, contre tous les dogmatismes et les systèmes abstraits, jargonnant jusqu’à l’écœurement, qui ont dominé la philosophie européenne du 20ème siècle.
S’inspirer aussi de l’humanisme de Montaigne dans un siècle et un monde à la fois prometteurs, comme l’étaient ceux de la Renaissance, par les considérables avancées scientifiques et techniques, et tout aussi inquiétants, du fait du réchauffement de la planète, des guerres, de la progression des populismes… S’inspirer de son relativisme qui n’a pour autant rien d’un nihilisme – tout ne se vaut pas – de sa sagesse : «Il n’est rien si beau et légitime que de bien faire l’homme et dûment ».
S’inspirer de Montaigne c’est donc faire sien l’esprit d’essai, de tâtonnement, de recours à l’expérience, de butinement aussi pour nourrir une réflexion contemporaine à la fois – est-ce contradictoire ? – modeste et ambitieuse.
JGC