Comment la vie a-t-elle émergé du minéral inerte ? Comment a-t-elle commencé ?
Au troisième jour de la Création, selon la Bible, Dieu dit : Que la terre produise de la verdure, des herbes portant semence, des arbres fruitiers… Et il en fut ainsi . Deux jours plus tard, Dieu dit : Qu’une multitude d’êtres vivants grouillent dans les eaux, et que les oiseaux volent … Et il en fut ainsi. Simple, et donc rassurant ! Il en ait encore, peut-être, qui le prennent à la lettre. Respect, mais de là à adhérer…
D’autres théories sur l’origine de la vie, profanes celles-là, ont fleuri jadis dans les mondes méditerranéen et européen. Aristote pensait que les premiers êtres vivants étaient nés de la putréfaction de la terre. La version de Lucrèce est, disons, plus moderne : les espèces vivantes auraient été engendrées au hasard des unions des atomes agités de mille mouvements désordonnés. Lamark, au XIXème siècle, rejetait l’hypothèse d’une création divine. Sa théorie fait plus scientifique, selon laquelle la vie serait née de la réunion de matières gélatineuses en masses sous l’action de l’attraction universelle: des actions répulsives des fluides électriques, caloriques et autres pouvaient déterminer dans ces masses des pores qui s’agrandissent en un tissu cellulaire dans lequel les fluides pénètrent, déterminent sa croissance puis sa multiplication par scission ou gemmation. Toutes thèses dépassées.
Et la science du XXIème siècle, nous a-t-elle fait franchir le saut conceptuel du physique au biologique pour reprendre une expression d’Edgar Morin dans ‘La Méthode’ ? Point de suspense en vérité. La question demeure irrésolue ; on ne sait pas ce qui est apparu en premier, les gènes, le métabolisme ou les membranes des cellules. Il n’existe aucun consensus sur la manière dont les premières formes de vie sont apparues sur Terre ou ailleurs dans l’Univers. Cela reste une énigme, un problème d’une extrême complexité. On a toutefois progressé en s’y attaquant de plusieurs côtés.
Si l’on n’est pas en mesure de démontrer où et quand la vie est apparue, on la recherche un peu partout, sur Terre, dans l’Univers. On la traque enfin dans des laboratoires.
On recherche l’origine de la vie dans l’espace. Les molécules constitutives ont pu y être produites et parvenir sur Terre avec la chute de météorites. Suivant cette piste, les astrobiologistes étudient toujours les fragments de la météorite de Muchison, récupérés en Australie en 1969. Ils y ont découvert et collecté des milliers de molécules contenant la totalité des bases nucléiques qui constituent les molécules d’ADN et d’ARN, support de l’information génétique chez tous les organismes vivants. L’exobiologie s’est portée aussi plus récemment sur l’astéroïde Ryugu. Avec, dans un coin de la tête, l’idée que si les éléments élémentaires du vivant venaient de l’espace (ils y sont présents), l’hypothèse d’une vie ailleurs que sur Terre prendrait du poids. Mais la vie pourrait aussi être endogène. Les scientifiques explorent à cet effet les sources hydrothermales au fond des océans. Autour de ses geysers sous-marins, il existe des oasis de vie, en dépit de conditions extrêmes de pression et de température. On y trouve des microbes, des vers, des crustacés.
Si l’on ne sait pas encore à partir de quels éléments chimiques placés dans les conditions de pression, de température, d’exposition aux rayonnements UV et autres est née la vie, on le recherche activement, y compris en laboratoire. En l’occurrence dans un réacteur du laboratoire de l’institut Origines de l’université d’Aix-Marseille en France. Affaire à suivre…
Cela vu, si la recherche de la vie en tant que telle n’a pas abouti, on peut aussi profitablement tourner autour de pot en éclaircissant la zone floue s’étendant du presque vivant au vivant incontestable. On y trouve les virus, les cyanobactéries, les archées et aussi les prions. Ces derniers apparaissent de manière purement chimique mais sont capables de se reproduire et de transmettre une information. Tout dépend de ce que l’on retient pour caractériser la vie. Si c’est de ce répliquer, il faut étendre le spectre du vivant ; si c’est la capacité à exister sans dépendre d’un hôte, il faut retenir une acception moins large.
Le mystère du comment la vie a commencé n’a pas été encore percé. Le sera-t-il un jour ? Sans doute ; la complexité de la question n’en fait pas, a priori et pour l’éternité, une mission impossible. Quoi qu’il en soit, la recherche est aussi orientée vers l’autre bout : l’anti-âge pour toucher la vie sans fin, les expérimentations que financent le milliardaire américain Bryan Johnson, par exemple, mais aussi Sam Altman et Jeff Bezos, les gérosciences à base de reprogrammation cellulaire qui visent à contrer le vieillissement jusqu’à la vie sans fin. Mais c’est une autre histoire…
JGC



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